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L'accord du participe passé avec le COD, la faute aux moines

L'accord du participe passé avec le COD, la faute aux moines

La grammaire française est faite de règles et d’exceptions. Parmi elles, les nombreuses règles qui règnent sur les fameux accords des participes passés. Des générations d’écoliers s’y sont cassé la tête… et leurs moyennes.

 

Parmi ces règles d’accord des participes passés, deux sont particulièrement complexes : l’accord des verbes conjugués avec l’auxiliaire avoir et l’accord des verbes pronominaux aux temps composés !

Là, je sais que j’ai déjà perdu certains lecteurs.

Pour ceux qui ont le courage de poursuivre la lecture, vous n’allez pas être déçus !

Je vais vous expliquer pourquoi cet accord avec le COD et surtout, comment ne plus vous tromper, en oubliant toutes les règles ou presque, mais en retenant une astuce !

 

Les écoliers maudissent les moines copistes

Petit retour en arrière, à l’époque où les enfants n’allaient pas à l’école et où seuls les moines copistes* maîtrisaient l’écriture.

Quand un moine écrit Les disciples que Jésus a vus. Au moment où il écrit vus, il sait qu’il s’agit des disciples et donc il ajoute un S au participe passé. Mais s’il écrit Jésus a vu les disciples, quand il écrit vu, il ne peut pas faire l’accord, car il ne sait pas ce que Jésus a vu.

Alors certes, vous pouvez argumenter et dire, ces moines étaient vraiment paresseux, car il suffisait de revenir en arrière et rajouter le S. Sauf qu’à l’époque, on écrit sans séparer les mots. Donc rajouter le S est compliqué.

 

Si l’on doit cette règle aux moines copistes, on doit sa diffusion au poète Clément Marot qui, voyant l’application de cette règle d’accord en Italie, la rapporta en France. Ce qui inspira à Voltaire une célèbre phrase, qui ne manque pas d’humour : « Clément Marot a ramené deux choses d’Italie : la vérole et l’accord du participe passé. Je pense que c’est le deuxième qui a fait le plus de ravages ! »

 

Accorder les participes passés sans apprendre de règle

Cette promesse fait rêver plus d’un écolier. Du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas ou plutôt qu’une astuce. Imaginez que vous êtes un moine copiste.

 

Si, au moment où vous écrivez le participe passé, vous savez à quoi il s’applique, vous l’accordez (avec ce à quoi il s’applique). Sinon, vous n’accordez pas.

C’est magique, ce principe fonctionne avec l’auxiliaire avoir, avec l’auxiliaire être et même avec les difficiles verbes pronominaux.

 

Allez, testons le principe !

► Aurore est venue – Quand j’écris venue, je sais que je parle d’Aurore (j’accorde au féminin singulier)

► Les pommes que j’ai mangées – Quand j’écris mangées, je sais ce que j’ai mangé : des pommes (j’accorde au féminin pluriel)

► J’ai mangé les fraises – Quand j’écris mangé, je ne sais pas ce que j’ai mangé : (pas d’accord).

► Elle s’est lavé les cheveux – Quand j’écris lavé, je ne sais pas ce qu’elle a lavé (pas d’accord).

► Elle s’est lavée – Quand j’écris lavée, je sais ce qu’elle a lavé : elle (j’accorde au féminin singulier).

► Les cheveux qu’elle a lavés. – Quand j’écris lavés, je sais ce qu’elle a lavé : les cheveux (j’accorde au masculin pluriel).

► Ils se sont aimés. – Quand j’écris aimés, je sais ce qu’ils ont aimé : ils (j’accorde au masculin pluriel).

 

Il reste quelques subtilités, notamment dans les cas des sujets inversés et des verbes d’état. Mais avouez que cette astuce, qui nous ramène au temps des moines copistes, évite déjà l’immense majorité des fautes d’accord.

Alors, on dit merci aux moines copistes du Moyen Âge.

 

* moine copiste : moine qui, au Moyen Âge, recopiait à la main des livres pour les rares personnes qui savaient lire.

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